À la croisée des chemins, un espace de rencontre.

Ex-Centre administratif et culturel (actuel Hôtel d’agglomération), place des Arts – parvis de la Préfecture (Cergy, 95).

Livré en 1979 par Claude Vasconi & Georges Pencreac’h.

C’est aussi l’histoire, vue et revue, de deux étudiants qui s’étaient liés d’amitié dans les ateliers de leur école d’architecture. Chacun s’était alors essayé, ici ou là après son diplôme, à trouver – bon an mal an – sa voie… jusqu’au jour où, que le cœur l’emportât sur la raison ou inversement peu importe, l’un appela l’autre à venir le rejoindre pour faire équipe. Et là, comme si le doigt du dieu de l’architecture appuya sur l’interrupteur, le courant d’une esthétique moderne vint allumer une des nouvelles lampes de l’architecture : la création d’un espace de rencontre. Ensemble en 1979 ils livrèrent le Forum des Halles à Paris puis le Centre administratif et culturel (aujourd’hui Hôtel de l’agglomération) à Cergy et, en 1981 comme le dit la chanson : « chacun pour soi est reparti, dans l’tourbillon d’la vie. » En deux temps trois mouvements, la vie et œuvres de l’association Vasconi-Pencreac’h pourrait se résumer ainsi. Bref, par-delà l’amitié, la liberté… à tout prix.

Claude Vasconi (1940-2009) et Georges Pencreac’h (1941) s’étaient côtoyés au début des années 1960 dans les amphis de l’ENSAIS (École Nationale Supérieure des Arts et Industries de Strasbourg) en section Architecture. Respectivement diplômés en 1964 et 1965, tous deux firent d’abord un cours séjour comme assistant : le premier chez Frei Otto (auteur notamment de l’exceptionnel toit du stade olympique de Munich pour les JO d’été de 1972) et le second chez un architecte-ingénieur strasbourgeois. À partir de 1966, Vasconi fut nommé architecte-urbaniste en charge de l’aménagement de la ville nouvelle de Cergy-Pontoise et, en 1967, son ami Pencreac’h le rejoignit pour y réaliser ensemble de nombreuses opérations. Alors que du côté de Pontoise Pencreac’h livrait seul, en 1972, l’École des Maradas (pour laquelle il reçut en 1974 l’Équerre d’argent) joliment mise en couleur par Jean-Philippe Lenclos, Vasconi lui demanda de bien vouloir participer avec lui à un concours portant sur un centre commercial au cœur de Paris : le Forum des Halles. Comme touchés par la grâce, car il faut bien appeler les choses par leur nom : sublime poésie architecturée d’une place publique composée à partir d’un trou comme un cratère où s’étagent des espaces libres en cascades bordés de galeries vitrées au faîte arrondi et nervuré tel un cloître en enfilade qu’agrémenteront en surface les « girolles » (de J. Willerval) et le jardin (de C. Arretche associé aux époux Lalanne), ils enchaînèrent avec ce Centre administratif et culturel avant de se séparer. Hormis peut-être l’intéressant travail de recherche sur des maisons groupées « Résidence Cergy 7 » (Pencreac’h, 1975), leurs productions ultérieures seront – somme toute et pour certaines – répertoriées dans quelques guides.

Au mitan des années 1960 naquit une politique des villes nouvelles, dans le cadre d’un aménagement du territoire, afin d’éviter une concentration urbaine à Paris (cinq furent créées dont Cergy-Pontoise) et en province (quatre près de Marseille, Lyon, Lille et Rouen). En notice du Schéma Directeur d’Aménagement et d’Urbanisme (SDAU) de Cergy fut étayée, dans une stratégie fondée sur l’accueil et l’animation, l’idée d’aménager un pôle central (le cœur battant du centre-ville) reposant sur la création d’une identité nouvelle, et originale. C’est pourquoi près de la Préfecture (sorte de mastaba inversée en verre et béton d’Henry Bernard, 1969), c’est-à-dire à la croisée des chemins – la gare RER, un centre commercial et un parc – fut créée sur dalle la séparant de la circulation automobile une grande place piétonne (Grand Place du Général de Gaulle) au pied de logements neufs. Et dans le prolongement de celle-ci, pour donner une place prépondérante à la culture, fut établi le projet de ce centre agrégeant services publics et activités culturelles. Ainsi, tel un manifeste sur le micro-urbanisme novateur au cœur d’une ville nouvelle où « de la diversité naît l’harmonie », seront distribués autour d’une place centrale couverte (la place des Arts) garnie de gradins et traversée de cheminements depuis le parvis de la Préfecture et ouverte sur la Grand Place : un hôtel de ville (devenu hôtel d’agglomération), une bibliothèque, un conservatoire et un théâtre ; le tout dans une expression architecturale dynamique et originale, presque monumentale.

Pareil à une pyramide quelque peu irrégulière et évidée de l’intérieur, bâtie en face et en contrepoint du point de fixation qu’est la Préfecture, le vaste ensemble se présente à nous en un jeu d’horizontalités faites de grands aplats de céramiques bleues et vertes – les couleurs de l’ancien Syndicat Communautaire d’Aménagement, nous dit-on – soulignés de vastes baies vitrées en mur-rideau, parfois en pans coupés, et rehaussés de longs et rythmés bandeaux vitrés en encorbellement. Ici et là, des piles aveugles – tout autant couvertes de céramiques aux mêmes teintes – émergent des volumes brisés pour distribuer les divers éléments du programme ; les portes piétonnes sont signalées par leur couleur rouge alors que des céramiques blanches guident le piéton dans ses déambulations au cœur d’une composition où, au carroyage de cette première trame, vient se superposer une seconde en diagonale… que l’on commence à deviner. Car la construction se vit aussi depuis la place des Arts – point de rencontre urbain et culturel ouvert sur la ville – composée comme une scène en plein air garnie de gradins et protégée d’une verrière soutenue par un gril de théâtre positionné à 45°. À la croisée des chemins, grâce aux percées depuis la Grand Place et le Parvis, cet espace lumineux dessert presque toutes les fonctions du bâtiment hormis celle de l’Hôtel d’agglomération dont l’accès est traité en faille. Elles sont organisées en satellite et se côtoient le long d’une « rue haute » en surplomb, une coursive en mezzanine accrochée aux piles aveugles. De fait, une identité nouvelle et originale qui joue à plein son rôle de centre : donc, mission accomplie.

De cette synergie, entre deux amis, naquit donc un ensemble cohérent à l’image d’une ville contemporaine, un équipement qui participe à la vie active de cette ville nouvelle où la fluidité des circulations piétonnes qui plus est protégées sous une structure vitrée – rythmée, telle une horloge, par son jeu de transparences et d’ombres portées – contribue à y faire pénétrer, ici Place des Arts, l’espace public : un lieu de rencontre(s).

LFAC

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