antichambre à une « musique » contemporaine.

IRCAM (Institut de Recherche et Coordination Acoustique/Musique)

livré en 1990 par Renzo Piano Building Workshop

1 place Igor-Stravinsky . Paris 4e

Enfin nous y voilà!… Par cet article s’ouvre une nouvelle séquence de chroniques sur des façades parisiennes, celle concernant l’architecture contemporaine. Allez, je vous donne trois raisons: sa présence caractérisée ici et là la rend incontournable, son expressivité qui est sans doute la plus intéressante de toutes, et parce qu’elle est certainement la plus difficile à lire par les citoyens (et par les élus!). Mais aussi parce qu’elle sera, alors à peine âgée d’une vingtaine d’années et pleine de formes et de vigueur et d’enthousiasme, étouffée dans les sables mouvants de l’architecture des promoteurs (et leurs fidèles édiles) dans un silence inconvenant.

Dans les épisodes précédents, tel un promeneur et à chaque fois en moins de 1000 mots, je vous avais parlé de ce que j’avais vu au travers des revêtements lisse ou rugueux, de contextes historiques comme la Campagne d’Égypte ou la Révolution française, d’ornementations peintes ou sculptées, de la nostalgie romantique d’un lieu où vécut un poète, le tout démarré par deux « boosters » tels que Perret et Sauvage. Ça nous a permis de prendre un peu connaissance du caractère hétérogène des façades parisiennes sur plus d’un siècle, une amorce à la « dynamite » qui nous attend: l’architecture contemporaine.

Bigre, dans quoi me suis-je fourré!

Mais par quoi commencer? Essayons de trouver une antichambre, un lieu où nous pourrons nous y préparer avant de nous y engouffrer. J’ai fait un choix, qui ne sera peut-être pas partagé mais je vous le présente, et je m’explique. Il s’agit de l’extension de l’IRCAM de Renzo Piano, au 1 place Igor-Stravinsky (Paris 4e). Primo: c’est là, du côté de Beaubourg, que tout a commencé un jour de juillet 1971 où un jury de concours a décidé de ne pas opter pour une architecture conventionnelle. Merci! Deuzio: Renzo Piano. Depuis plus de 40 ans, cet architecte de renommée internationale a jalonné la capitale d’une architecture moderne, témoin de son époque. Et tertio: parce que d’un IRCAM d’abord souterrain a surgi de sous nos pieds une tour signal, peut-être une vigie? Pour mieux voir, vaut mieux se tenir à côté qu’être dedans. Tout du moins, c’est de ce lieu que j’établirai mon point d’observation pour commencer. Plus tard, nous sillonnerons la capitale à la recherche d’autres bâtiments « témoins ».

"gabarit urbain" (Piano)

Oui, c’est ici – selon moi – que tout a commencé. Une équipe de jeunes architectes (Renzo Piano et Richard Rogers, avec Gianfranco Franchini) ont donné une claque à l’architecture parisienne, le genre de claque qui réveille. Où l’après-guerre nous menait pratiquement dans un conformisme immobile, voilà que ces libres-penseurs créatifs nous proposent une « machine vivante », une bête. Pour mieux dégager les espaces visiteurs (ses organes vitaux) et leur conférer plus de souplesse, ils ont mis à l’extérieur sa structure (un exosquelette) et tout ce qui l’irrigue (ses veines et ses artères). Une révolution? Non, une évolution! Il paraît que son esthétique divise? Bon sang, tournons-nous vers l’avenir pour avancer! Aujourd’hui, c’est toujours un monument phare et moderne: une rencontre du 3e type architectural.

À propos de Renzo Piano, je vous laisse le loisir de vous plonger dans les monographies le concernant (plus riches et mieux documentées que je ne pourrais le faire ici). Mais permettez-moi de vous lancer une invitation: allez voir ses logements au 64 rue de Meaux (Paris 19e), c’est remarquable!

Il est temps de passer à l’IRCAM.

La graine fut semée dès 1977 (annexe souterraine du musée) et a germé dans un terre jadis fertile. Souterraine, parce que la structure de recherche – sous son influent directeur Pierre Boulez – se devait d’être avant tout acoustique. Puis, en 1988, on arrosa la graine d’une demande de bureaux et de rendre la belle plante (la recherche) visible: lui donner une façade publique, une reconnaissance. Voilà, en résumé, la petite histoire.

L’art urbain, c’est raccommoder le tissu hétérogène existant. Et c’est aussi le boulot de l’architecte. Ici, cet art se définirait en deux tableaux: l’un visuel et l’autre ressenti. Pour le visuel, il s’agissait d’établir un lien avec les bâtiments adjacents (l’ancienne école et les bains-douches) recouverts tout deux de briques, tout en traitant l’angle et le gabarit au regard des constructions voisines. Pour le ressenti, plaçons-nous au pied de la tour. L’art urbain, c’est aussi de continuer la ville, avec ses rues et ses places. Là, on est partout à la fois. Elle organise l’espace, et veille sur les deux places: la piazza Beaubourg en glacis (pour que la bête avale le flot des visiteurs?) et la place Stravinski (où la fontaine festive et mécanique du couple de Saint Phalle et Tinguely anime l’arrière-cour, celle où on fait les pots au sortir des bureaux). Vous y êtes? C’est Paris.

"en parlant de musique" (Piano)

Tiens!, en parlant de musique… et d’architecture, Piano a composé une façade où les deux arts sont en résonance. Pour preuve, parlons un peu de rythme, de nuances ou de variations, et d’harmonie. Voyez vous-même, l’architecte a trouvé un motif (le panneau de terre cuite) et le répète ad libitum. Il tient le rythme, et donne la mesure: c’est essentiel en architecture, car c’est ce qui ordonne, la trame de tout ce qui se tient. Et puis on y voit aussi des nuances, des variations, dans la verticalité et dans la texture (une tessiture plus cristalline avec ses éléments vitrés), sous l’impulsion de l’ascenseur faisant varier les notes sur plusieurs octaves (les étages) tel un modulateur. Enfin, et de manière brève, quelques mots sur l’harmonie, qui est avant tout une affaire de sensibilité dans sa perception de l’unité. Pour cela, prenons un peu de recul. L’harmonie c’est l’effet d’ensemble, avec Beaubourg qui se reflète sur la verrière, avec la piazza qui s’enfonce et se donne au musée, avec la fontaine qui renvoie le reflet du bâtiment agrémenté d’une clef de sol et d’une farandole de figurines. « Là, tout n’est qu’ordre et beauté, Luxe, calme et volupté », me souffle Baudelaire.

Le contemporain, c’est du social et du vocabulaire en façade; bref, un dialogue. Et ce n’est qu’un début!

LFAC
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