Centre nautique municipal Marlène Peratou, 1 rue Édouard-Poisson (Aubervilliers, 93).
Livré en 1969 par Jacques Kalisz et Jean Perrottet.
Au printemps 1968, à la question : « Tu viens manifester ? », l’AUA (dans leurs nouveaux locaux de la Porte de Montreuil) répondait en chœur : « J’peux pas, j’ai centre nautique ». Argument plus que valable puisque, alors que leurs associés Chemetov et Deroche œuvrèrent pour mener à bien leur chantier du centre nautique de Villejuif – en béton brut souligné des bas-reliefs de Paul Foujino, au même moment le duo Kalisz-Perrottet en faisait autant pour celui d’Aubervilliers – aux éléments métalliques différenciés par la polychromie de Max Soumagnac. Rénové (et « recoloré », dommage !) en 2010 pour mise aux normes par l’agence Béguin & Macchini après avoir subi des modifications antérieures concernant notamment l’entrée (re-dommage !), cet équipement public attira tous les regards ce 26 janvier 1969, jour de son inauguration.
Après avoir travaillé une dizaine d’années chez Pierre Genuys, Jacques Kalisz (1926-2002) – élève d’André Remondet puis d’Otello Zavaroni – obtint son diplôme à l’École des Beaux-Arts de Paris en mars 1963 alors qu’il venait tout juste de rejoindre l’Atelier d’Urbanisme et d’Architecture (l’AUA… nous y reviendrons). Là, associé à Jean Perrottet (1925-2021), il réalisera – entre autres choses – à Pantin le groupe scolaire Jean-Lolive (1971, dont le collège fut reconverti en résidence d’artistes) et la bibliothèque Elsa-Triolet (1972). Après avoir quitté l’Atelier et créé son agence, il livrera notamment le centre administratif de Pantin (1973, restructuré depuis 2003 en Centre national de la danse) telle une monumentale ode abstraite au béton armé, à Nanterre l’école d’architecture Paris-La Défense (1973, désaffectée en 2004 puis laissée à l’abandon) à la sublime structure proliférante au cœur d’un ensemble de résidences et du foyer – tout en empilements et juxtapositions – Maurice-Ravel (1978), à Élancourt le centre administratif des Sept-Mares (1980), le lycée professionnel Galilée (1985, Paris 13e) et la halle olympique (1992) à Albertville. Quant à Perrottet, plus tard associé à Valentin Fabre, il sera célébré pour ses restructurations de salles de théâtre en région parisienne.


Et concernant l’AUA, comme promis nous y revoilà !… Fondé en 1960 par Jacques Allégret, l’AUA fut une véritable pépinière de talents qui rassemblait architectes, ingénieurs, urbanistes, paysagistes et décorateurs. Organisé selon une structure de type coopératif (le distinguant des agences), l’Atelier aspirait à composer une architecture différente par une recherche de solutions et de formes nouvelles tout en renouvelant l’exercice du projet par une approche interdisciplinaire. Se distinguant par son engagement tant politique que culturel, l’AUA affichait aussi sa volonté de traiter la question urbaine ; alors, les projets tombaient à foison. Tout en se conformant à un discours commun mais garantissant une liberté de création au sein d’un collectif, on forma des groupes de travail autonomes, aux influences mutuelles. De construction utopique, l’AUA fut plutôt pionnière en cette période… difficile.



Rappelons aussi que, en cette fin d’années 1960, il y avait une propension à… ouvrir ses chakras. Et en matière d’architecture, la restrictive astreinte « classique » se dilua – ici ou là – dans une extravertie libération « moderne » ; par exemple, lorsque l’un évoquait une piscine l’autre imaginait aussitôt un stade nautique (appellation d’origine) avec ses variantes du type base de loisirs, vu que l’esprit était à la diversité des activités et que le temps libre augmentait. C’est pourquoi la municipalité, à l’écoute des futurs usagers, ajusta son programme de 25.000m2 : à proximité du logement du gardien et organisés autour du pavillon central logeant les services communs (un bloc de cabines de déshabillage surplombé d’un espace de détente : patio agrémenté d’un bar-restaurant et d’une promenade s’ouvrant, l’été, sur un solarium), trois bassins indépendants et donc autonomes (un d’apprentissage de 25x10m, un de compétition de 25x15m et un de plongeons et plongées de 12x12x4m50 avec fosse amovible à 8m) donneront sur des plages extérieures bordées de pelouse. Et à programme innovant, parti architectural audacieux.


Kalisz et Perrottet, se fondant alors sur les principes d’une architecture proliférante, développeront des systèmes combinatoires – au moyen de structures métalliques se superposant à 45° – où les effets de volumes se fondent en un volume unique. Dès le premier regard, l’ensemble exprime cette volonté de témoigner des solutions issues de leurs recherches, non seulement structurelles par la lisibilité de la vérité constructive (ici peinte en blanc) mais aussi spatiales par la compréhension de l’organisation des lieux dans un jeu de boîtes chapeautées de couleurs vives et distinctes selon leurs affectations (jaune-orangé pour l’apprentissage, bleu-vert pour la compétition et rouge-violet pour le plongeon et la plongée). Ce parti structurel, qui porte en lui les aspirations pour une architecture modulaire, repose sur les caractéristiques mécaniques du métal mises en œuvre ici suivant les dessins de Miroslav Kostanjevac, leur ingénieur attitré au sein de l’AUA : les volumes des bassins, ces-derniers étant réalisés en tôles d’acier soudés (issus des chantiers navals de La Ciotat) alors qu’il était d’usage de les faire en béton armé, sont composés d’une charpente métallique indépendante (en IPN) disposée en diagonale comme ossature primaire et d’une structure secondaire supportant les éléments de toiture (des panneaux de 5x5m en tôle d’acier nervurée et, en sous-face, décalés en orientation et en profondeur, en bois) et les vitrages (doubles avec lame d’air). Par contraste, le pavillon central est constitué comme un « noyau » en béton armé ceinturé, en partie haute, d’un bandeau vitré à structure métallique peinte en bleu alors que le pavillon du gardien, quant à lui, adopte une structure mixte : charpente poteaux-poutres métallique, planchers et voiles en béton armé. Au total, grâce à la richesse des éléments constructifs et leur combinaison mais aussi par le jeu des volumes, des lumières et des transparences, et la contribution de la polychromie, tout concourt à accorder à cette réalisation des accents d’une nouvelle modernité associée à une sollicitude toute ludique.


Cette architecture typique de l’AUA, pleine de rigueur et sans grandiloquence, par sa polychromie associée à sa radicalité, annonça l’avènement du style high-tech (tel l’impérieux Centre Georges-Pompidou de Piano et Rogers) où le système structurel repoussé à l’extérieur libère de fait de généreux espaces intérieurs, aires d’activités dévouées entièrement à leurs usagers qui peuvent appréhender par les volumes et les couleurs le fonctionnement de l’établissement. Bref, l’architecture : c’est bâtir utile, et avec style.
LFAC
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